Krazy Kitty en Californie
13 janvier 2007
264 - California Raining*
* Il fait beau aujourd'hui, et alors ? L'alerte au froid a été déclarée quand même (et il fait les mêmes températures qu'à Aix-en-Provence en décembre)
Et me voilà donc partie pour un périlleux reportage photo... Aujourd'hui, sous vos yeus ébahis, l'antre des Chercheurs se dévoile.
Contrairement à ce que pourraient croire les esprits chagrins, ce que vous allez voir aujourd'hui n'est pas le milieu naturel du Chercheur. C'est l'espace dans lequel les Décideurs tentent de les parquer ; mais ainsi que vous pourrez le constater, le Chercheur a fui ce nouvel aménagement pour des installations qui lui conviennent mieux (la bibliothèque, la cafétaria, sa chambre, son lit, la plage...).
Les Décideurs, en effet, ont jugé parfaitement inutile de nettoyer l'espace précédemment occupé par d'autres hordes de Chercheurs (aussi appellées labos), et ce malgré les deux années d'innoccupation du terrain - pensant sans doute que les trois nouvelles hordes de Chercheurs se sentiraient plus à l'aise dans un environnement aménagé par des membres de leur espèce. Les Décideurs ont aussi trouvé convenable d'installer trois hordes de Chercheurs dans le même espace : sacrilège !
Mais, assez discouru, et place aux images.
Notre première photo est l'espace de travail d'une Chercheuse (le tapis de souris bariolé est un indice presque certain de l'appartenance de cet individu au sexe féminin). Vous noterez avec plaisir l'absence de chaise - en effet, si un autre Chercheur venait à vouloir utiliser le moniteur blanc, il devrait s'asseoir sur les genoux de la Chercheuse (ou inversement), or cela n'est pas jugé convenable.

La photo suivante présente l'aménagement hâtif mis en place par les Déménageurs (une espèce que les Décideurs croient avoir sous leurs ordres, mais qui se défie d'eux aussi souvent que possible). On notera le mug placé au sommet d'une pile d'unités centrales - certains pourront y voir un geste de bravoure, d'autres un essai de poétisation de ce monde de brutes bits, ou enfin la marque d'un cynisme proche du désespoir.

Ironie ou réel désir d'aider ? La horde précédente a laissé, en désertant les lieux, un foutoir merdier bazar impensable, mais aussi un balai... Merci, les gars.

Un des moyens de locomotion favoris du chercheur (avec les transports en communs, ses pieds, ou une Porsche pour les plus nantis d'entre eux) est la bicyclette, ou encore vélo, dont on peut ici apercevoir un vestige (pneus à plat et chaîne rouillée) au milieu de quelques archives.

Je disais donc : quelques archives...

Autre élément intéressant de la vie quotidienne du Chercheur de la horde précédente - il a en effet laissé quelque peu perplexe les nouveaux arrivants -, le canapé.

Enfin, pour finir sur l'évident manque de place laissé aux nouvelles hordes (oui, les Chercheurs connaissent aussi la crise du logement), ces quelques boîtes. Le lecteur admirera au passage la facilité d'accès aux espaces installés dans le fond de la salle.

Bon, sinon, j'ai gagné seize dollars au poker hier (soit un peu plus de trois fois ma mise initiale, oui, on joue des gros sous nous, on n'hésite pas), en ayant quelques mains insensées (trois brelans d'affilée, un full battant une quinte au roi...) et en ne perdant quasiment aucune des mains sur lesquelles j'ai suivi. Je me suis fait une réputation de tueuse, et qu'est-ce qu'on a ri !
Improvisé par Krazy Kitty à 15:47 in A Day At School
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15 novembre 2006
230 - La phrase de la semaine
La revue [...] n'accepte que des documents Word comme réponse aux reviewers, il faut que tu transformes ton pdf.
Haha. Heureusement que la communauté scientifique est supposée se lécher les babines de délectation devant ce merveilleux outil appelé LaTeX [en], qui permet de mettre du texte en forme avec des balises (un peu comme du HTML) plutôt qu'en WYSIWYG (non ce n'est pas du polonais, enfin, voyons, c'est l'acronyme de What You See Is What You Get, ce que vous voyez est ce que vous obtenez, avec un logiciel de traitement de texte type Word ou OpenOffice Writer par exemple). Qui permet très facilement d'appliquer la même mise en page à plusieurs documents (sans risquer de voir votre paragraphe passer en gras en appuyant sur Entrée, par exemple). Ce qui permet de faire très facilement des bibliographies qui sortent au bon format [1]. Ce qui permet de très facilement éditer des formules qui ont de la gueule. Le genre de choses utiles, donc, dans la communauté scientifique. Mais non.
Ah ça m'a fait plaisir de passer quarante-cinq minutes à créer le document Word correspondant.
Note : Merci de remettre tous les trademarks et autres copyrights dans le texte ci-dessus. Et si les guillemets de la citation sont tout moches, c'est que votre navigateur ne lit pas les .png, et j'ai la flemme de mettre des .gif à la place, enfin bref, qu'attendez-vous pour utiliser Firefox ?
[1] Encore que si le fichier de configuration (je parle du .bst, pour les geeks dans l'assistance) ne fait pas exactement ce qu'on veut, il faut aller bidouiller dedans, ce qui peut donner lieu à ce genre de situation (une fois traduite, car oui avec Advisor nous parlons anglais, bien que le français soit notre langue natale à tous les deux, enfin une de ses langues natales, bref):
- Advisor, dans un mail ravageur : Hmm, il faut que tu remettes les titres des articles à la main, c'est ce qu'on a du faire avec J.
- Moi, in petto derrière mon écran : Quoi l'enfer ? (Croyez pas que je vais mettre des grossièretés en anglais dans ce blog, non mais eh)
- Moi, trente minutes plus tard : Hmm, j'ai modifié le .bst, et voilà le résultat
- Advisor, par retour de mail (il est très fort en retour de mail, typiquement la messagerie instantanée ne lui apporte rien) : Génial !
- Moi : Oui enfin je suis étudiante en informatique, je suis supposée savoir faire ce genre de choses
- Advisor, plus tard : Haha J va adorer ta remarque
- Moi : Oups ?
Improvisé par Krazy Kitty à 21:33 in A Day At School
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02 novembre 2006
221 - Forget me not / Vergiss mein nicht*
* J'applique la technique brevetée par Ménille qui consiste à mettre en titre ce qui me passe par la tête, ne cherchez pas le rapport. Sinon, oui, j'écoute Brassens.
A la question « Peut-on pleurer de frustrations sur des librairies C++ ? », d'un intérêt primordial pour l'avancée de la science, de la psychologie, de l'informatique, et de l'étude socio-ethnologique du Thésard (Thesardus Thesardorum plonplon[1]) réunies, la réponse est :
« Oui. Au moins trois larmes. »
Si vous n'avez pas compris la question, vous ne connaissez pas votre bonheur.
[1] Excusez-moi, j'ai vraiment été très mal élevée.
Improvisé par Krazy Kitty à 19:15 in A Day At School
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21 octobre 2006
211 - Crise d'identité
Quand un Malgache m'écrit à propos d'un projet impliquant, sous la tutelle d'un laboratoire français et d'un laboratoire américain, lui-même, une Française, un Italo-Français, un Indo-Américain et un Sino-Américain, je cite, que tout n'est pas perdu pour la nation, l'envie est forte de répondre, laquelle ?
Sinon, le design actuel est en travaux, donc abstenez vous de commenter que c'est moche. Merci pour elle.
Improvisé par Krazy Kitty à 18:46 in A Day At School
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13 octobre 2006
207 - Bon les gens...
Faudrait voir à arrêter de déconner un peu. Ce campus commence sérieusement à ressembler à en bas le port (je parle de Marseille, là).
Quoi que les filles en bas le port elles sont plutôt gentilles, dans mon souvenir de gamine.
Bref.
Alors, mesdemoiselles :
- un sac Gucci avec des vêtements crades et troués, ok y a l'effet décalage, mais y a surtout l'effet « ah ah comment j'ai mes parents ont plein de fric et je t'en mets plein la djeule ».
- les lunettes de soleil à l'intérieur, quand la lumière est éteinte et que le ciel est tellement couvert qu'on se croirait presque de nuit, ça fait peut-être genre, mais ça fait surtout très stupide. Surtout quand vous vous cognez dans un mur.
- le pantalon taille basse et le t-shirt qui montre le nombril, je sais, c'est fashion. Mais bourdel, arrêtez de croire que vous portez du 2 (équivalent à-peu-préesque du 34 français), et portez votre taille. Parce que l'effet saucisson + muffin, je suis pas sûre que ça soit vraiment sexy.
- les talons hauts, je sais, c'est classe, c'est fâââââme. Mais quand on arrive pas à marcher avec, on fait comme moi, on s'abstient. Parce qu'on a l'air d'une cloche - ou d'une gamine qui veut jouer les grandes.
- quant au maquillage, ouais, je sais, ça doit pas être facile avec les lunettes de soleil, mais bon, là, on tomberait pas un peu dans la vulgarité ?
Et messieurs :
- le t-shirt sous la chemise, je sais, votre papa fait ça, faut innover. Le t-shirt manche longues sous le t-shirt manches courtes, ok, c'est dépassé. Mais bon, est-ce vraiment nécessaire de porter un t-shirt sur votre chemise ? (Surtout un t-shirt Metallica sur une chemise blanche).
- ok, je râle quand les miss gardent leur lunettes de soleil à l'intérieur. Je sais, les porter sur le crâne, tout le monde le fait. Mais bon, sous le menton les extrémités des branches aux oreilles, ça fait un peu mioche qui veut amuser la galerie.
- la mode est à montrer ses sous-vêtements, surtout son string quand on est une demoiselle. Et puis le hip-hop, c'est hype. Mais en fait y a pas tellement de filles qui trouvent ça sexy, de voir votre calbute avec des petits néléphants bleus jusqu'à la moitié de vos fesses. La prochaine fois, essayez le boxer noir. Ou la ceinture.
- se laver et utiliser du déo, c'est bien. J'approuve. Menfin pouvoir reconnaître la marque de votre anti-pue-de-sous-les-brasa à trois mètres, ça m'intéresse pas. En plus, ceux d'entre vous qui n'ont pas succombé aux pubs Axe (hint: c'est seulement une pub, pas la vraie vie) utilisent tous Speed. Ou alors ils sentent tous pareils, ces machins.
Improvisé par Krazy Kitty à 19:16 in A Day At School
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12 octobre 2006
206 - Conversation légère
Après une réunion de travail...
Les protagonistes :
- J, vingt-huit ans, éternel étudiant, vit chez ses parents avec quelque chose comme douze ienchs ;
- E, la trentaine, ingénieur boeing-boeing a mi-temps, thésard l'autre moitié, marié à une prof d'anglais de lycée, conduit une Porsche, a fait Standford - deux informations capitales de sa biographie à l'entendre ;
- R, environ vingt-cinq ans, une liaison plutôt sérieuse avec une thésarde suédoise - je vais avoir de ces requêtes gougueule..., veut des jumeaux plus tard.
Le dialogue trilogue :
- J (aime la vie sentimentale de ses collègues les ragots): So, do you plan to have kids anytime soon? (Alors, vous envisagez d'avoir des enfants bientôt ?)
- E (cri du coeur): Oh my God, I hope not! I don't even have time to walk the dogs... (Oh mon Dieu j'espère bien que non ! Je n'ai même pas le temps de sortir les chiens...)
- R (rassurant): Well you know babies don't walk until they're one. (Oh tu sais les bébés ne marchent pas avant d'avoir un an.)
J'aime bien mon labo.
Improvisé par Krazy Kitty à 18:11 in A Day At School
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15 septembre 2006
196 - Back to school
Lundi, c'est la rentrée. Le trimestre d'automne commence. Les cours reprennent le 22 septembre (mais sans moi - moi, j'ai enfin obtenu ma dispense, et pour le plus grand bonheur d'Advisor, je cherche, quoi que je ferais réellement son bonheur en trouvant). Et ça se voit. Même la météo s'y met.
Evidemment, dans les supermarchés et les publicités, ça fait un moment qu'on a compris que les vacances étaient finies et qu'il fallait se remettre au boulot, et surtout acheter tout plein de nouveaux trucs qui brillent à vingt pourcent de réduction (sur un prix multiplié par au moins 1,25 par rapport au prix d'origine afin de rendre les comptes ronds). Pour être dans le ton, j'ai décidé d'acheter un cahier pour les notes que je prends en réunion (c'est toujours celles-là que je perds), quoi que je ne sois toujours pas passée en phase d'exécution.
Les stands en tout genre recommencent à fleurir sur le campus - et notamment ceux qui arborent fièrement une pancarte « Free Bible Information » (oui oui, « Informations gratuites sur la Bible ») et sont tenus par des gens dont la force de conviction n'a d'égale que leur air renfrogné et leur impolitesse franche quand on leur dit que la Bible, ça nous intéresse culturellement, mais que religieusement bof voilà. Ceux-là me donnent fortement envie de leur apprendre la laïcité à grands renforts de pétrole et d'allumettes (« What's wrong with a little destruction? » - Franz Ferdinand). Je veux bien être tolérante mais je ne supporte pas que l'intolérance des autres empiète sur mon athéisme.
Les étudiants recommencent à affluer sur le campus et ce week-end, la Terre du Milieu (qui est une résidence étudiante undergrad, oui oui, Middle Earth, avec des sous résidences aux doux noms de Gandalf et autres Brandywin - et après il est considéré comme malvenu d'appeler les undergrads des hobbits, allez comprendre) va se remplir à nouveau. Je vais pouvoir à nouveau risquer chaque jour ma vie à slalommer entre les planches de skate, les vélos, les rollers, et les bandes de pétfilles qui prennent toute la largeur du chemin et avancent à un train d'escargot (forcément, quand on voit les chaussures) tout en devisant gaiment, comme si elles étaient seules au monde. Ah bon, elles ne sont pas seules au monde ?
Les soirées aussi vont recommencer, bienvenue aux nouveaux élèves, bienvenue aux nouveaux résidents, faites connaissance avec vos voisins, etc...
Et surtout, surtout, il va y avoir plein d'événements avec de la nourriture gratuite, et la « free food », surtout pour les thésards, c'est une véritable institution. Rien que d'y penser, j'ai le taux de cholesterol qui monte en flèche.
+ La Monster Energie (qui est une boisson énergisante), ça a un goût horriblement horriblement sucré
+ Maintenant on arrive sur mon blog en tapant « élèves traumatisés » dans Google, on voit bien la philosophie de l'endroit
Improvisé par Krazy Kitty à 11:55 in A Day At School
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08 septembre 2006
191 - Poire
Quand, à douze heures de la date limite pour remettre son projet de programmation dans le cadre du désormais célèbre cours d'introduction à l'intelligence artificielle, un élève vient me demander conseil pour son choix de structure de données, en osant affirmer qu'il a déjà beaucoup codé, et repart en disant « Bon, ben je vais finir ça alors », je crois qu'il me prend pour une bonne poire.
Pour les quelques rares lecteurs non informaticiens qui me sont restés après la dernière note (Ménille, Camille, revenez quoi !), c'est environ l'équivalent d'un mec qui me dirait qu'il a beaucoup travaillé à la construction de sa maison, mais que si je pouvais l'aider à en déterminer la forme, les matériaux de constructions, et la profondeur des fondations, il pourrait boucler ça vite fait.
Sinon, deux demoiselles fort charmantes sont à deux doigts de nous faire un procès parce qu'on les a accusées de tricherie (oh pardon, c'est une abominable coïncidence si ces deux fraîches et innocentes jeunes filles ont exactement les mêmes réponses, les mêmes formulations, et les mêmes diagrammes) ; pour l'instant elles se contentent de nous expliquer comment faire notre boulot, en frisant la limite de la correction [1]. Il paraît que la déontologie m'interdit de les traiter de minables salopes. C'est regrettable.
Enfin, demain, je serais en train de hurler sur des montagnes russes, donc tout va bien.
[1] Ce qui signifie bien qu'elles sont dans le domaine de l'incorrection la plus éhontée.
Improvisé par Krazy Kitty à 13:54 in A Day At School
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06 septembre 2006
190 - Une histoire de licornes...
Ou : Toi aussi, brille et résouds des vrais problèmes d'intelligence artificielle.
Je suis en train de corriger des problèmes de logique propositionnelle. La logique propositionnelle (ou logique de Boole, ou algèbre booléenne, comme vous voulez, mais aux Etats-Unis on a tendance à ne pas trop parler de Boole, c'était un Anglais.), c'est pas toujours très marrant [1], c'est plein de disjonction de conjonctions, de conjonctions de disjonctions, de raisonnements par l'absurde et de clauses fausses qui impliquent n'importe quoi, mais parfois il y a des licornes.
D'où le problème suivant :
Si la licorne est mythique, alors elle est immortelle. Sinon, c'est un mammifère mortel.
Si la licorne est soit immortelle, soit un mammifère mortel, alors elle a une corne.
Si la licorne a une corne, alors elle est magique.
Question: peut-on prouver que la licorne est mythique ? magique ? cornue ?
J'ai quatre élèves qui affirment qu'on ne peut rien déduire du tout, une qui affirme que la licorne est mythique, et un qui déclare sans broncher, après une page de calculs, que la licorne n'a pas de corne. Ah, et deux qui ont sagement décidé de ne pas se prononcer.
Je crois qu'il sont fatigués. Ou perdus. Ou les deux.
PS. La licorne est de toute évidence cornue et magique, tout le monde sait ça. C'est sur le fait de savoir si elle est mythique ou non que les avis divergent. Pfff.
[1] Encore que, généralement, j'aime bien ça... [sifflote discrètement... part en courant.]
Improvisé par Krazy Kitty à 21:03 in A Day At School
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31 août 2006
187 - En parlant d'éducation
Ce
n'est pas en classe que mon (tout à fait modeste) travail d'enseignante
est le plus difficile. En classe, j'ai des élèves qui sont là pour
apprendre (ou plutôt, ne nous leurrons pas, pour avoir une bonne note,
mais les deux étant étrangement corrélés, je me permets dans ma grande
naïveté de me laisser aller à faire l'amalgame), qui ont délibérément
choisi la matière, et qui sont décidés à faire de leur mieux. Si leur
mieux inclut de ne pas assister ni aux cours ni aux TD et de rendre des
copies à moitié blanches, ça m'allège la tâche.
Le paradis terrestre du prof, en quelque sorte.
Non,
le travail d'éducation le plus difficile que j'aie à entreprendre se
passe à la maison. Et non, je n'ai pas d'enfant en bas-âge (ni en
quelqu'âge que ce soit, d'ailleurs) ni de petit frère à charge. Mais
j'ai une coloc chinoise. Et le choc des cultures fait mal.
Exposons le problème.
Contexte :
La
coloc chinoise est bruyante. La coloc chinoise a accepté de garder sa
télé dans sa chambre plutôt que de l'installer au salon, mais elle met
le son à fond, même quand elle est sous la douche. La coloc chinoise
parle au téléphone très fort, en chinois, tout le temps. Par tout le
temps, j'entends en faisant la cuisine, en marchant de long en large
dans le couloir (quoi qu'il s'agirait plutôt de marcher de long en
long, vu que c'est un couloir, justement), en mangeant, en allant aux
toilettes... La coloc chinoise fait volontiers la vaisselle après
minuit à grands renforts de blims et de blams. Bref, la coloc chinoise
ne passe inaperçue que quand elle dort ou que son ami est là.
La
coloc chinoise n'a pas exactement la même notion d'hygiène que moi [1].
Ni que notre ancienne coloc américaine, ni que notre nouvelle coloc
américaine (nous sommes trois, pour ceux qui suivent). Ni que le
blondinet, mais le blondinet est maniaque en plus de savoir parfois
parfaitement être un de ces exemples typiques d'américains qui vont
faire vivre tous nos descendants dans des bulles parce qu'ils ne
supporteront pas la moindre contamination. Ni que ses parents, d'après
leur visite au printemps.
Ainsi, la coloc chinoise passera un
week-end entier à monopoliser la cuisine, y faisant frire de l'ail sans
se donner la peine d'allumer la hotte ou d'ouvrir la porte, ce qui a
pour effet de créer premièrement un courant d'air entre les fenêtres du
salon et celles des chambres qui ramène toute l'odeur dans la salle de
bains, deuxièmement un sérieux pétage de durite de ma part, laissant la
vaisselle grasse s'accumuler dans l'évier sans la moindre goutte d'eau
(ne parlons pas de savon), et le sol à l'état de pateaugoire sans se
préoccuper le moins du monde d'utiliser une serpillère, même quand ses
pieds collent au sol.
La coloc chinoise ne jette jamais la
poubelle. Parfois, la coloc chinoise condescend à sortir le sac
poubelle de la poubelle, à le nouer et à l'abandonner quelque part près
de la porte ; descendre le dit sac jusqu'au local poubelle étant
manifestement un peu trop pour sa personne. Généralement, la coloc
chinoise préfère empiler des déchets douteux jusqu'à faire déborder la
poubelle - et quel délice que de trouver un pot de glace vide même pas
aplati, surmonté d'une peau de banane, le tout sur une poubelle déjà
pleine...
La coloc chinoise aime beaucoup le broyeur de
déchets, mais n'hésite pas à laisser toute une nuit des pelures de
fruits dans l'évier à un coup de brosse du dispositif, ou des restes de
poissons à l'intérieur, sans prendre toutefois la peine de le vider. La
coloc chinoise aime tellement le broyeur de déchet qu'elle ne semble
pas se résoudre à ce que d'autres puissent l'utiliser, et laisse donc
systématiquement sa vaisselle sale dans l'évier de gauche où se trouve
le dispositif, plutôt que dans celui de droite où il ne se trouve pas.
J'adore déplacer la vaisselle collante et grasse d'un évier à l'autre
le matin avant de faire mon café, ça me met de bonne humeur pour la
journée.
Passons chastement sur l'état de la salle d'eau, la
coloc américaine et moi partageons un lavabo et une salle de bains, lui
laissant avec soulagement tout loisir de souiller le lavabo et la salle
de bains restants comme bon lui semble. La coloc chinoise a en effet de
longs, épais et beaux cheveux noirs, qu'elle perd partout avec
allégresse, et nous ne nous étendrons pas plus sur le sujet.
Question :
Comment
faire comprendre à la coloc chinoise qu'elle ne vit pas seule et qu'il
n'est pas dans l'ordre des choses que nous nettoyions pour qu'elle
puisse mieux salir ?
Solutions envisagées :
La
suggestion ne marche pas du tout. «Tu ne trouves pas que c'est un peu
collant, par terre ?» ne déclanche pas vraiment la réaction escomptée.
«Quand tu cuisines, ce serait bien que tu nettoies après, quand le plan
de travail et le sol sont sales» remporte un fervent acquiescement mais
pas d'actes concret pour suivre les paroles.
La basse vengeance
non plus. Claquer les portes, empiler et dépiler sans ménagement les
plats, assiettes et couverts, utiliser le broyeur quatre fois plus que
nécessaire le matin quand elle est la seule à encore dormir n'a
apparemment rien fait de mieux que passer ma rage.
L'attaque
directe peut marcher, parfois, mais c'est uniquement ponctuel. «J'ai
lavé le sol les douze dernières fois, c'est vraiment dégueulasse, tu
pourrais le faire cette fois ?» entraîne parfois un lavage effectif.
Je
ne sais plus quoi faire. Je suis en ce moment dans une période
stressante (il est toujours bon d'essayer de surmonter ses peurs mais
je vous garantis que c'est loin d'être facile), et j'ai envie de la
balancer par dessus la rambarde chaque fois que j'aperçois près du
micro-onde une peau de banane dans un état avancé qui n'a certainement
pas grand-chose à y faire.
Aujourd'hui j'ai donc fait une liste
- après m'être préalablement assurée que coloc américaine ne prendrait
pas ça à son compte. Il y a donc sur le frigo une jolie liste des
choses à faire pour faire en sorte que la cuisine reste agréable après
le nettoyage à fond que je me suis coltiné cet après-midi (et je
déteste passer la serpillère, je déteste ça, d'une force !). Et j'ai
honte. Cette liste décrit l'évidence même. Nettoyer après avoir cuisiné
quand c'est devenu subitement collant - faut-il y voir un lien de cause
à effet ? («Oh, j'ai cuisiné comme un sanguier[2] en flanquant de l'eau
et des détritus partout par terre et en marchant dedans, et maintenant
c'est sale, je ne comprends pas»). Laisser la vaisselle dans l'évier où
ça dérange le moins. Descendre la poubelle quand elle est pleine.
Et
je sais très bien que ma liste ne va rien changer du tout - si ce n'est
augmenter un peu plus l'animosité entre coloc chinoise et moi. Mais
c'était ça où la passer par dessus la rambarde.
PS : vous avez
peut-être déjà lu précédemment que la coloc chinoise préfère porter
deux pulls et un blouson à l'intérieur en hiver plutôt que de garder
portes et fenêtres fermées. La coloc chinoise aime bien aussi remplir
le congélateur à craquer - de sorte qu'on se prenne toujours tout un
tas de trucs gelés et non identifiés sur le coin de la figure quand on
cherche des glaçons. Elle aime que le frigo soit très froid, que ses
yaourts gèlent ne la dérange pas, encore moins que les légumes
s'abîment. La coloc chinoise est un poème.
[1] Ma
notion d'hygiène étant un mélange de principes hospitaliers et d'une
enfance dans une maison dans laquelle le ménage n'était fait que
lorsque ça devenait vraiment nécessaire - pour cause de travail
hospitalier du chef de famille, ainsi qu'aiment à l'appeler les
instituts de sondages, bien qu'il ne soit pas encore sûr qu'être chef
d'une famille composée de soi-même, d'une gamine qui compte même pas
pour une part entière aux impôts («Tiens, ma demi-fille !»), d'un chien
jamais très sûr de qui est le chef de meute dans cette affaire et d'une
souris en peluche soit particulièrement glorieux.
[2] Prononciation locale de «sanglier». De même, «camion» se dira «camillon» et «pneu» «peneu».
Improvisé par Krazy Kitty à 22:31 in A Day At School
Pitits Mots [18]
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