Krazy Kitty en Californie
28 décembre 2006
253 - Welcome back
Mercredi 27 décembre.
7h15 : Le réveil sonne. Je lui fais savoir ma façon de penser en lui assénant un violent coup d'index sur le bouton arrêt. Je me rendors.
7h16 : Le blondinet me fait remarquer qu'on a un avion à prendre. Je lui fais savoir que je n'ai pas envie de le prendre, de toute façon, cet avion.
7h36 : Je me sors du lit.
8h12 : J'appelle le service clientèle de United Airlines pour que nos sièges soient attribués, côte à côte de préférence. Ce n'est pas possible, ça se fait à l'enregistrement. L'employée qui m'a assuré que ça pouvait se faire à partir de vingt-quatre heures avant le départ s'est trompée.
8h13 : J'insulte United Airlines toute seule dans la chambre.
9h00 : Les bagages sont chargés dans la voiture.
9h03 : Mon père ne trouve pas la porte de la Chapelle.
9h04 : Ma mère n'a aucune idée d'où peut bien être la porte de la Chapelle.
9h05 : On se dirige vers la porte d'Aubervilliers. On fait demi-tour.
9h06 : On a trouvé la porte de la Chapelle.
9h10 : Il n'y a personne sur la route.
9h40 : Mais enfin, personne ne prend l'avion aujourd'hui ?
9h50 : Le parking est déprimant et on ne trouve pas les ascenseurs. Le blondinet demande comment on écrit ascenseur en français. Je lui dis qu'on écrit deux petits bonshommes dans un carré. Il ne trouve pas ça drôle.
9h51 : Le chariot à bagages est faussé.
9h52 : On a trouvé les ascenseurs. Il n'y a pas de petits bonshommes dans un carré. Le blondinet se fout de ma gueule.
10h00 : L'employée d'United Airlines qui nous fait passer un premier contrôle de sécurité est ébobillée que le blondinet ne parle pas français. Il faut dire qu'elle a du mal à se remettre du fait que nous voyageons ensemble sans être de la même famille. Je la hais.
10h05 : L'employée d'United Airlines à l'enregistrement ne peut nous attribuer de sièges que si nous sommes prêts à payer pour des sièges en classe Economy Plus. Nous ne sommes pas disposés à payer. Nos sièges nous seront attribués à l'embarquement.
10h06 : Je hais United Airlines.
10h10 : C'est super sympa, les cafés au Terminal 1 de Roissy. Y a même une bande d'italiens qui essaient d'ouvrir une bouteille de vin avec des clés pour accompagner leurs sandwiches.
10h40 : Bon d'accord on va la passer, la sécurité.
10h41 : J'embrasse mes parents. Je ne pleure pas.
10h42 : Je tends mon passeport au mec de la sécurité. Saleté de poussière dans l'oeil.
10h43 : Le blondinet me tend frénétiquement des mouchoirs.
11h05 : L'embarquement de notre vol commence. Nous sommes toujours dans la queue pour passer la sécurité.
11h20 : On appelle nos noms au comptoir numéro 11. Nous n'avons toujours pas passé la sécurité. Nous doublons tout le monde (dont le mec qui a demandé « Mais qui sont ces gens ? »).
11h25 : Nos sièges ne sont pas côte à côte. Il ne reste plus de places côte à côte disponible. Il est hors de question que je ne voyage pas assise à côté du blondinet.
11h30 : Je fais partie des personnes sélectionnées au hasard pour être fouillées. Ce n'est que la deuxième fois en un an.
11h35 : Je n'apprécie pas la mine dégoûtée de l'employée qui me fouille devant les mouchoirs en papier imbibés de larmes qui se trouvent dans mes poches. Elle a des gants, que diable.
11h40 : Nous sommes dans l'avion. Le blondinet fait je ne sais quel micmac de places et nous nous retrouvons assis côte à côte. J'appelle mes parents pour leur dire que nous sommes bien installés.
11h41 : L'hôtesse nous demande ce qu'on a fait avec les places pour que la dame qui avait exigé une place fenêtre ne l'ait pas. Je lui répond qu'on avait exigé d'être côte à côte.
11h42 : Il reste un siège en première classe, l'hôtesse l'attribue à la dame sans fenêtre. La prochaine fois, c'est moi qui fais un scandale.
11h45 : Le commandant Pete nous souhaite un agréable voyage. Le commandant Pete n'a jamais quitté son pays en classe économique pour un vol transatlantique de huit heures trente.
11h50 : L'avion se met à rouler, je ne pleure pas.
11h53 : L'avion décolle, je ne veux pas partir, je ne veux pas avoir vu les gens et les choses seulement en coup de vent, je pleure.
11h56 : La dame de l'autre côté de l'allée me dit qu'il ne faut pas avoir peur de l'avion. Je lui réponds que pour ce que j'en pense, cet avion peut bien s'écraser. Je lui explique que je suis triste de repartir si vite avant qu'elle n'appelle l'hôtesse pour me dénoncer.
20h30 : L'avion atterrit à Chicago avec une heure d'avance. Nous allons avoir le temps de nous ennuyer dans cet aéroport.
20h31 : Le blondinet n'apprécie pas que je ne sois pas enthousiaste à l'idée de rentrer dans son pays.
20h50 : Je commence la queue à l'immigration tandis que le blondinet s'apprête à tranquillement franchir sa frontière.
21h00 : Le blondinet passe la frontière. J'ai avancé de dix mètres.
21h05 : Une agent de sécurité passe dans la queue avec un chien renifleur. Le chien est de la même race que celui de ma maman, j'ai envie de pleurer.
21h06 : Ce chien est terrible, il trouve tous les trucs à bouffer que les gens ont ammenés avec eux (il est interdit de faire traverser la frontière à des fruits / légumes / produits frais). Y en a marre d'avoir envie de pleurer, je veux mon lit à Irvine.
21h15 : Avec un peu de chance j'aurai passé l'immigration à 21h30. Le blondinet doit avoir passé la douane.
21h30 : Avec un peu de chance j'aurai passé l'immigration à 21h45. Le blondinet doit s'ennuyer ferme.
21h40 : L'agent devant les guichets me fait savoir que je dois remplir le dos de mon formulaire I-94 (la partie réservée aux employés fédéraux, donc) avec mon numéro SEVIS, le code et le nom de mon université. Il n'est jamais trop tard pour bien faire.
21h45 : Je passe au guichet.
21h46 : Mes empreintes ne concordent pas. L'employé essaie de me faire la causette en attendant que l'ordinateur trouve. Il me parle du « dernier processeur sorti par Windows ». Je regrette d'avoir dit que je faisais de l'informatique.
21h47 : Mes empreintes ne concordent pas. L'employé me demande de le suivre.
21h48 : Je suis dans une salle grise avec des bancs étroits et durs sur lesquels attendent une demi-douzaine de personnes. L'employé m'assure que mon cas ne devrait prendre que quelques minutes et dépose mon passeport sur un bureau.
21h55 : Une nana arrive et s'asseoit derrière le bureau. Elle prend mon passeport, tape sur son clavier, pose mon passeport et passe au dossier suivant.
22h00 : La nana remet leurs passeports à tous les gens sauf moi.
22h05 : Je lui demande ce qu'il se passe avec mon passeport. Elle dit qu'elle attend que la machine retourne un résultat avec mes empreintes. Je retourne à ma place.
22h06 : Je regarde mes doigts. Qu'est-qu'elles ont, mes empreintes ?
22h07 : Le blondinet doit se demander ce qu'il m'arrive.
22h15 : Une employée de l'aéroport vient me signaler que mes bagages m'attendront entre les tapis à bagages six et sept.
22h16 : Je demande si je peux allumer mon téléphone portable. J'ai le droit, mais il n'y a pas de signal dans le bâtiment.
22h17 : Et si mes empreintes ne concordaient jamais ? Et si on ne me laissait pas rentrer ?
22h20 : Je respire par le ventre.
22h25 : J'ai envie de vomir.
22h30 : La nana m'appelle. Ca y est, le FBI arrive pour m'interroger. Elle me tend mon passeport, et me dit que j'ai des empreintes de très mauvaise qualité. J'ai envie de lui faire voir mes empreintes de très près mais je me retiens : elle a un flingue.
22h35 : J'ai passé la douane.
22h40 : Le blondinet m'assure que si, son pays veut bien de moi, la preuve, ils m'ont laissé passer.
Un passage de sécurité, un vol, un taxi et une douche plus tard, j'étais dans mon lit (à 7h15, heure française).
Improvisé par Krazy Kitty à 11:52 in All of Me
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