Krazy Kitty en Californie

07 novembre 2006

223 - Une fraude ridicule

Samedi soir, au South Coast Repertory [en], on donnait Ridiculous Fraud.

C'était très bien.

D'abord parce que j'aime beaucoup aller au théâtre, que ce soit pour une représentation unique donnée par des amis amateurs ou mise sur mon trente-et-un pour assister à un spectacle professionnel. Pour tout vous dire, j'adore l'atmosphère intello des théâtres (évidemment, il faut choisir sa pièce, si on ne veut pas du rire gras et de la plaisanterie libidineuse).

Pour une fille de comédien, ça tombe tout de même légèrement sous le sens.

Ensuite parce que j'aime beaucoup les pièces qui me font rire. Et je ne suis pas bon public. J'exige de l'humour sombre, de l'ironie bien tournée, une touche de cynisme peut-être. Je suis snob si je veux et je vous proute. Je paye ma place [1] et le client est roi.

Et Ridiculous Fraud m'a fait rire. Fort, et à plusieurs reprises. Et en même temps que le public, ce qui prouve que le public avait bon goût, et j'aime aller au théâtre avec un public qui a bon goût.

J'avais lu des critiques qui définissaient la pièce comme Tchekovienne. Aussi Tchekovienne que mes chaussettes, si vous voulez mon avis (mais au fond je n'aime pas Tchekov, ou alors peut-être que je ne connais pas vraiment Tchekov, ce qui expliquerait celà). Bon, d'accord, les situations sont simultanément tragiques et comiques, et les situations supposées rassembler la famille (un mariage, par exemple) ne font que la diviser.

D'autres parlaient de Southern Gothic. Alors le Southern Gothic, c'est bien facile : c'est tous les auteurs du Sud des Etats-Unis qui ont réussi. William Faulkner, Carson McCullers, et Tennessee Williams bien sûr. Autrement dit, c'est un genre plutôt vaste. Les ingrédients majeurs en étant :

    1. Pour le côté Southern, une histoire qui se passe dans le Sud des Etats-Unis (Ridiculous Fraud commence à la Nouvelle Orléans - sur fond de jazz - et se continue en Louisiane dans l'arrière-pays. D'ailleurs, les acteurs prennent un accent légèrement imbitable mais on s'y habitue.)

    2. Pour le côté Gothic, une histoire qui met en scène des personnages excentriques (ici, une jeune femme avec une jambe de bois, qui s'avère avoir abandoné six enfants, et se reconvertit en ange mécanique de square), une louche de grandeur et décadence (la famille autrefois aisée qui a du tout vendre pour payer les frais d'avocats d'un père emprisonné et couvrir ceux du mariage annulé à la dernière minute de l'un des frères), un scénario qui prend des tours inattendus (un coup de couteau, par exemple).

    3. Pour le pamplemousse sur le gatal, la capacité à trouver de l'humour dans des situations tristes voire sordides (la dernière scène se passe dans un cimetière sur les tombes des parents et de la belle-mère).

Donc c'était ça Ridiculous Fraud. L'histoire de trois frères, deux sympathiques célibataires un peu je m'en foutistes et un antipathique marié politicien très à cheval sur ses principes, qui bien évidemment sera le seul à enfreindre la morale la plus élémentaire (en couchant avec la belle-mère de sa femme), tandis que les deux autres se dévoueront pour la famille en actes et non pas en parole. Le père est en prison pour fraude, le beau-père, toléré comme source financière, est une parfaite caricature de redneck, l'oncle est totalement à l'ouest mais affreusement gentil et adorable. Le plus jeune frère rompt ses fiançailles à la veille de son mariage, l'aîné ne s'intéresse guère qu'à la chasse aux canards. Etc, etc, etc...

Citation libre préférée : « Now that both our parents are dead, family celebrations are going to be very painful. I mean, in a different way that before. ». Maintenant que nos deux parents sont morts, les fêtes de famille vont être très douloureuses. Je veux dire, différemment douloureuses.

[1] En l'occurence j'étais invitée mais arrêtez de vouloir me gâcher tous mes effets.

Improvisé par Krazy Kitty à 11:01 in It's wonderful
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    J'aime bien le "je vous proute". Et c'est quoi un gatal ? (je pourrais aller chercher sur google, mais je trouve qu'on a le droit de poser des questions simples sur internet parfois. )

    Miaouté par SouffleurDeBrume le 07 novembre 2006 à 12:01

  • Souffleur de Brume > Je sais, je m'exprime avec une distinction sans égale. Sinon, « un gatal », c'est le singulier de « des gâteaux ». Comment ça, non ? Et un pamplemousse, c'est 'achement mieux qu'une cerise.

    Miaouté par Krazy Kitty le 07 novembre 2006 à 12:18

  • - Oui c'est comme un cadal... Y'en a qui suivent pas ici.
    - Ton père est comédien ?
    - La conclusion est grandiose...

    Miaouté par Jean-Michel le 07 novembre 2006 à 13:38

  • Jean-Michel > Mon papa était comédien. Maintenant il fait de la mise en scène (et production) de concerts (majoritairement lyrique et jazz).

    Miaouté par Krazy Kitty le 07 novembre 2006 à 14:27

  • "mise sur mon trente-et-un pour assister à un spectacle professionnel" > ben, pas obligé.
    Paul Léautaud, qui était au moins autant critique qu'auteur, assistait bien aux premières de la Comédie française en charentaises, robe de chambre, bonnet de nuit et avec son vieux cabas en moleskine.

    Tchekov, c'est le gars qui a fait la pub des serviettes Vania, c'est bien ça ?

    Miaouté par philippe le 07 novembre 2006 à 18:41

  • Philippe > Oh bah la première représentation théâtrale professionnelle que j'aie jamais vu, j'étais en robe à pois et sandales (ok, j'avais quatre ans). Puis j'ai quand même vu la Tosca à l'Opéra de Budapest en salopette-short alors que les messieurs étaient en costume (sauf mon père) et les madames en robes de soirées (sauf ma mère). Mais parfois je me fais mondaine.

    Tchekov, c'est l'ornithologue. Le spécialiste des mouettes.

    Ah tiens il semblerait que l'orthographe française correcte soit Tchekhov. Au temps pour moi.

    Miaouté par Krazy Kitty le 07 novembre 2006 à 18:58






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