Krazy Kitty en Californie

28 septembre 2006

201 - Glop / Pas Glop [Partie 2 : Glop]

Je vois qu'on s'horrifie dans les commentaires de la note précédente et qu'il est largement temps que je prouve que je ne suis pas si malheureuse ici, avant qu'on ne m'envoie un commando formé spécialement pour m'arracher à Advisor et à sa fine équipe.

C'est que j'ai beau cracher dans la soupe, personne ne m'obligeait à y venir, aux Etats-Unis, et y a quand même deux trois choses plutôt glop.

A commencer par la possibilité de faire une thèse en étant payée sans avoir à soulever des montagnes. Le tout de préférence dans un labo universitaire qui a à sa disposition un vrai cluster (note pour non-initiés: ensemble de tout plein de petits ordinateurs sur les quels faire tout plein de calculs à la fois très très vite), un accès intégral à toutes les publications possibles, et bientôt des nouveaux bureaux. Ah non, pardon, mon labo ne fait que déménager dans un bâtiment déserté par les gens qui prennent possession des nouveaux locaux (c'est qu'ils vont détruire le bâtiment dans lequel je suis maintenant, pour en reconstruire un tout neuf à la place pour le département ingénierie : c'est beau, l'argent). De toute façon, il paraît qu'on garde nos meubles miteux (je préfère encore pas d'étagère au danger bactério-chimique qu'est devenu celle qui est dans mon bureau actuellement ; il y a trois manuels dessus, tous sur Fortran 77 [1], et à peu près le même poids en poussière collante). Ah oui, je parlais de trucs glop, on avait dit.

Pour rester dans les finances, bah j'avoue, l'électronique, et surtout de haut niveau, ça coûte moins cher. Totor (mon ordinateur) et Popaul (mon iPod, mais suivez enfin !) en savent quelque chose.

Ah et la place aussi. Mon appartement est par exemple relativement immense. Le campus a un parc d'un mile (soit plus d'un kilomètre et demi) de circonférence en son centre. Les routes sont si larges que même avec une grosse voiture on peut rouler comme une patate et ne jamais rentrer dans la file d'à côté (notez que ça encourage à conduire comme une patate, de même que les boîtes de vitesse automatiques, et qu'au final ces gens-là ne savent absolument pas rouler sur une autoroute [3]). D'ailleurs à propos de route, les voies de co-voiturage (« carpool lanes » dans le texte), c'est du bonheur pareil que l'huile d'olive vierge première pression à froid de la petite coopérative à vingt kilomètre de chez toi moi ma maman. Seules les voitures ayant au moins un passager à bord sont autorisées sur ces voies. Et c'est assez jouissif quand la circulation est bloquée, d'avoir une voie presque pour soi. Evidemment, ça ne marche que dans un endroit où les gens prennent chacun leur voiture, comme la Californie.

Tiens tant que j'y suis j'ai oublié de râler contre l'omniprésence du logiciel propriétaire et l'omniprésente méfiance à l'encontre du logiciel libre ; tant il est vrai qu'un bon capitaliste ne peut pas réellement imaginer que quelqu'un puisse créer un produit fiable et en faire autre chose que des espèces sonnantes et trébuchantes (ou du moins quelques actions en Bourse). Bon, ben ça, c'est fait.

Mais bon, à être stressés de l'hygiène au point qu'ils vont nous créer une génération de gosses se mourant au moindre microbe, les Américains ont le bon goût d'avoir généralement des toilettes propres avec du papier, avec du savon pour se laver les mains et des serviettes en papier pour se les sécher.

D'ailleurs, dans une société à la fois puritaine (le nombre de gens qui se refusent à coucher ou cohabiter - ne parlons pas d'avoir des enfants - avant le mariage est assez conséquent par rapport à la France) et putassière exhibisioniste de mauvais goût (le nombre de jeunes filles qui montrent leurs seins dès qu'elles ont bu un coup de trop est tristement impressionant), outre le fait qu'Halloween approche et qu'on va encore se taper un beau défilé de demoiselles déguisées en lapin Playboy ou en prostipute, il se passe une chose de bien : de nombreuses maladies ou malfonctions telles que les troubles du comportement alimentaire, l'autisme ou le vaginisme sont nettement plus connues du corps médical qu'en France, et il semblerait qu'elles soient sinon mieux traitées, du moins mieux appréhendées. Le patient se sent pris plus au sérieux et on lui propose généralement une démarche qui lui semble active. Je laisse à votre appréciation de déterminer si c'est uniquement car plus de personne (dans l'absolu certainement, proportionnellement parfois) en souffrent... (Mais si je ne rajoute pas ici qu'en matière de don du sang les Etats-Unis ont besoin de copier sur ce qui se fait en France, ma maman va me taper, même si elle ne lit pas mon blog).

Ensuite, côté bouffe, on compense. Y a peut-être pas tout plein des trucs bons que je citais dans la note précédente, mais comme le faisait justement remarquer Anna, y a du cheesecake. Et du gatal aux carottes. Et des canneberges. Et du jus de canneberges. Et de la tarte à la citrouille (que la saison de la citrouille est revenue, mon magasin chéri et préféré est réapprovisionné à bloc en purée de citrouille en conserve, que je viens de faire une pâte brisée et que demain c'est tarte à la citrouille oh yeah [2]). Et de la coriandre fraîche, pour moins d'un dollard le bouquet, et super facile à trouver. Du sirop d'érable presque abordable. Du beurre de cacahuètes (bon en même temps j'aime moyennement). Des dragées à la cannelle. Des cookies au gingembre. Des tas de produits mexicains ou asiatiques (que même chez les frères Tang ils ont pas ça).

Et puis les vins californiens ou australiens (facilement importés) sont tout de même assez bon. Il faut quand même se méfier du degré d'alcool qui est légèrement plus élevé qu'en France (14,8 pour le Sauvignon blanc du week-end dernier)...

Il y a aussi la facilité d'être exotique ; les Américains sont de façon générale de bon gros nullards en géographie, et nombre d'entre eux pensent que l'Espagne est un pays d'Amérique du Sud (puisqu'on y parle espagnol), que les Italiens se déplacent en gondole ou que l'Irak est en Afrique. Je ne sais pas si c'est très glop en soi, mais ça me permet de passer pour extrêmement cultivée.

Enfin (« last but not least » dirait le Monde), il y a la langue. Parce que voyez-vous, j'adore l'anglais. (J'adore l'allemand aussi même si je ne sais plus le parler ce qui est un grand chagrin d'ailleurs, et je sais qu'au moins une de mes lectrices partage cet amour façon Deutsch is beautiful, fin de la parenthèse). J'adore parler anglais, j'adore entendre parler anglais autour de moi, j'adore les tournures et expressions idiomatiques anglaises. Et même si j'ai eu un peu de mal à me faire et à l'accent de l'Orange County (c'est plus un problème de vitesse que d'accent d'ailleurs ; même si ma mère me surnommait parfois « la mitrailleuse » quand j'étais gamine, car ma meilleure amie et moi parlions tellement vite qu'elle n'arrivait pas à nous suivre, c'est coton quand on débarque), et aux mauvais traitements infligés à l'anglais so British qu'on m'avait appris (exemple numéro un : tous les mots qui se finissaient en -ise en British se finissent en -ize en American ; exemple numéro deux : je n'arrive toujours pas à prononcer « can't » sans faire lever un sourcil au blondinet qui s'exclame « That's too British! » ; exemple numéro trois : tous les mots qui se finissaient en -our en British se finissent en -or en American ; et puis je suis pas là pour vous faire un cours d'anglais non plus mais j'en ai d'autres en réserve) ; même si toutes ces choses noyées entre les parenthèses, donc, eh bien j'adore parler anglais avec des Américains.

Et je ne me lasse pas de découvrir la quantité impressionante de mots français qui se sont glissés dans leur vocabulaire (exemples en vrac : passé, cliché, étiquette, fuselage, déjà-vu, fiancé...), le plus souvent cependant avec quelques déviations de sens. Je ne me lasse pas non plus du petit effet que produit le fait de parler français ; même si je dis « Je descends la poubelle et après je vais mettre mon vieux jogging, me faire un masque vert et m'épiler les pattes », tout le monde trouve ça glamour.

Sur cette charmante conclusion, je vous laisse, j'ai une poubelle à descendre.

+ Comme vous avez été sages et que vous avez lu jusqu'au bout, une photo d'Enersto-Filippo Premier :

ErnestoFilippoI

(Bientôt, une photo de son copain Théodule-Amédée)

[1] Fortran 77 est un langage de programmation ayant vu le jour en 1977. Autant dire qu'on a fait mieux depuis (malgré ce qu'en pensent certains durs de durs).

[2] Commentaire d'un de mes élèves de l'été dans son code : « End of the first part, now to the second part, fuck yeah ! », que je traduirais volontiers par « Fin de la première partie, j'attaque la deuxième, sa mère en short devant le monop' ». Je me suis gentiment foutue de sa gueule.

[3] A savoir que l'idée que la vitesse augmente de la file la plus à droite à la file la plus à gauche leur passe largement au-delà de la cafetière, que donc ils doublent par la droite aussi allègrement que par la gauche (ce qui surprend), et que sur une deux fois huit voies ça n'arrange en rien les embouteillages.

Improvisé par Krazy Kitty à 18:44 in I'm a stranger here myself
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200 - Glop / Pas Glop [Partie 1: Pas Glop]

En réponse à l'impatience grandissante en l'attente de la deux centième note d'American Rhapsody (mais qu'est-ce que je peux produire, comme conneries !), je me suis dit qu'un titre aussi intellectuel et alléchant que celui-là ne saurait que satisfaire le client.

Aujourd'hui, Krazy Kitty détaille sa réponse à la question bateau que l'on lui pose toujours en la découvrant française : « Qu'est-ce qui te manques le plus ? ». (Il y a aussi un gars un jour qui m'a demandé si je parlais français, mais il nétait
apparemment pas au meilleur de sa forme).

Deux réponses se disputent la première place :
- Mes amis et ma famille (mais comme ça fait sept ans que je m'emploie à les fuir, on ne va pas s'apesantir sur le sujet) ;
- Les rues.

Alors, oui, les rues. Présenté sec, comme ça, ça choque un peu les gens qui n'ont pas la double expérience de l'Orange County et des villes européennes. Mais, non, les vraies rues, ça n'existe pas, ici. Une rue bordée d'immeubles, de boutiques, de cafés, de restaurants. Voire même de platanes. Je ne demande pas la rue de Rennes, ni le boulevard Saint-Michel, pourtant chers à mon coeur ; même le boulevard Gassendi (à Digne) me suffirait. D'ailleurs, les cafés, ça manque aussi. Les vrais cafés, pas façon Star*bucks... juste façon le bistrot d'en bas... (On peut paraît-il trouver des vraies rues dans le vieil Orange ; je vous tiens au courant).

Ensuite, il y a celle à laquelle s'attendent le plus de gens : la nourriture. Alors, là, je pourrais m'étendre des heures sur l'omniprésence de la nourriture rapide et basse qualité, sur le fait qu'alors qu'en France je suis loin d'être considérée comme gastronome, ici je suis ébahie par le peu de gens qui savent apprécier de la bonne cuisine, à savoir un plat cuisiné à la maison, avec des ingrédients de qualité honnorable, sans être indisctinctement frit dans trois litres d'huile...

Et beaucoup de produits, qu'ils aient fait mon quotidien ou non, me manquent. Les yaourts nature, non sucrés, en portions individuelles, et solides (comme ceux d'une marque représentée par un tableau de Vermeer). Les fromages qui ont du goût, bien sûr. Le lapin. Le saucisson sec. Les coings. Le vrai pain fait à la boulangerie. Les viennoiseries et les tartelettes à la pomme. Les galettes de blé noir.

Côté pratique, le lait UHT, parce qu'entendre un Américain me dire que c'est bien moins bon (alors que soyons honnête, le lait demi-écrémé, ça a déjà plus tellement de goût), ça me fait doucement rigoler, et les bouteilles d'eau banales d'1,5L.

Tiens, vu qu'on est dans les boissons... le jus de pamplemousses de Floride est plus cher qu'en France. La bière américaine ne me plaît décidément pas (mais je suis très éclectique en matières de bières). Le sirop est un grand méconnu et coûte donc un oeil. Par bouteille.

Il y a aussi les transports en commun. Ouh là là. Je ne demande pas quelque chose d'aussi efficace que le réseau parisien, non. Juste qu'un trajet de dix minutes en voiture puisse se faire en moins d'une heure trente dont quarante minute à attendre une correspondance. Quelque chose d'adapté à la géographie de la région, au fait que, oui, les distances soient grandes. Quelque chose qui pourrait enfin persuader les gens de laisser leur voiture à la maison de temps en temps.

Et puis aussi les gens réellement de gauche (je manque de courage - et de qualifications - pour me lancer  dans un grand portrait politique des Etats-Unis mais laissez-moi vous dire que ce ne serait pas joli joli). Et les vraies soirées d'été où il fait jour jusqu'à vingt-deux heures. Et les médecins qui s'occupent réellement de vous au lieu de vous laisser poireauter dix minutes dans le froid sous prétexte de ne pas être dans la pièce quand vous vous déshabillez et d'envoyer une infirmière dès qu'il s'agit d'une tâche peu noble comme de mesurer votre tension. Et probablement beaucoup, beaucoup d'autres choses...

Mais, je vous rassure, même si je ne fais que râler, il y a quand même des choses glop ici. Ce sera le sujet de mon prochain billet, parce que j'ai du travail moi monsieurs-dames.

+ Je vais voir Death Cab for Cutie [en] en concert en décembre

+ Message personnel : Julie, si tu me lis, je réponds à ton mail bientôt... désolée...

+ Pour ceux intéressé par l'intelligence artificielle et/ou ses applications à la biologie et la chimie, Cookie's (Almost) Serious Blog [fr] vient d'ouvrir... j'y blablaterai sur des sujets professionels. Et ça commenera selon toute vraisemblance par la conférence de filles dans l'informatique qui a lieu à San Diego la semaine prochaine, et à laquelle je serai du mardi soir au vendredi soir.

+ Il faut que j'arrête de dire « Houston, we have a problem here » chaque fois que quelque chose cloche dans un de mes programmes. Après, les gens me regardent différemment.

Improvisé par Krazy Kitty à 09:10 in I'm a stranger here myself
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