Krazy Kitty en Californie
24 mai 2006
118 - Marvellous Marvin
Un mercredi soir, à 19h, dans un amphithéâtre select à 35 minutes de chez moi, après un bref apéritif composé de boissons raffinées et de petits fours pour environ mon salaire mensuel, parmi une floppée de gens élégants (autrement dit, des professeurs) et quelques égarés en jean-t-shirt-pas-repassé (on appelle ça des étudiants).
Marvin Minsky donne une conférence sur les enjeux de la construction de machines intelligentes.
Ou plutôt, Marvin Minsky parle. Il évoque une multitude d'idées, toutes tournant autour de l'apprentissage et de la cognition.
"Marvin Minsky". Tout
le monde dans la salle avait déjà entendu ce nom avant d'apprendre sa
visite à l'UCI. Marvin Minsky, un monstre du MIT...
Il se base sur l'idée que la construction de machines intelligentes capables de capturer la cognition humaine est la clé de l'immortalité. Un point de départ discutable... mais qui fait émerger une kyrielle d'idées.
Il parle de l'apprentissage du langage. De cinquante années d'efforts basés, depuis Noam Chomsky, quasiment uniquement sur une approche grammaticale, aux dépends d'une approche sémantique. Qu'il propose d'étudier en collaboration avec des critiques littéraires, personnes qui selon lui sont les plus à même d'analyser la signification d'un mot dans un contexte.
Il parle d'éducation. D'apprendre à apprendre ; d'apprendre à reconnaître et valoriser différentes façons d'apprendre, notamment chez les enfants ; de la difficulté d'introduire ces concepts dans le système éducatif traditionnel. Illustre par une anecdote, celle d'une petite fille de trois-quatre ans, capable d'additionner rapidement quinze et quinze, parce que papy tout le monde sait que seize et seize font trente-deux.
Il parle de l'incongruité de l'apprentissage par renforcement ; les meilleurs élèves n'ont jamais été ceux qui étaient intéressés par recevoir de bonnes notes ou effrayés des conséquences négatives d'une mauvaise note, ou du moins pas très longtemps ; ce sont des enfants qui ont trouvé, quelque part, une raison d'apprendre, consciente ou non.
Il parle de mémoire à court terme, de mémoire photographique, pour renier son existence réelle ; affirme avec force que ces personnes qui retiennent des quantités phénoménales de choses n'y arrivent que parce qu'elles consacrent une énergie phénoménale à les retenir.
Il s'émerveille sur la science-fiction, seul genre littéraire selon lui à faire appel à des idées nouvelles. Les romans, dit-il, déroulent les conséquences d'un ou de plusieurs choix dans une vie normale ; la science-fiction, c'est tout le reste.
Il parle de religion aussi, prend le contrepied de Pascal, s'en prend aux religieux de tout poils, et démontre en quarante-cinq secondes pourquoi il est pessimiste de croire en quelque dieu que ce soit.
Il lance la polémique dans l'auditoire en développant son point de vue sur les émotions, trame de son dernier livre à paraître en automne. Les émotions, selon lui, ne sont qu'un mécanisme cognitif de plus. Opposer la raison et les sentiments ? Bullshit ! lance du pupitre auquel il s'agrippe le vieux professeur. Les émotions ne font que désactiver certains modules d'apprentissage du cerveau, ajoute-t-il. Pour plus de détails, vous pouvez consulter l'ébauche de The Emotional Machine sur sa page web.
Pendant une heure trente, Marvin Minsky a tenu avec humour son public en haleine, surprenant parfois par la vigueur de ses convictions, mais surtout par sa vivacité d'esprit et sa façon de passer avec intelligence d'une idée à une autre, de naviguer avec insouciance entre sociologie, psychologie, mathématiques et informatique.
Bon, ben il me reste grosso-modo cinquante-cinq ans pour atteindre son niveau, il est encore trop tôt pour désespérer...
Et en attendant, il garde en réserve "trois théories peut-être nouvelles sur l'intelligence" pour demain après-midi. Miaou.
Improvisé par Krazy Kitty à 22:31 in It's wonderful
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